une autopsie sera pratiquée – .

une autopsie sera pratiquée – .
une autopsie sera pratiquée – .

PSe sentant mal alors qu’il présidait les comparutions immédiates, un magistrat de 44 ans est mort en pleine audience de correction, mardi 18 octobre en fin d’après-midi, au tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine). Vice-présidente par intérim de cette juridiction, Mme Marie Truchet était âgée de 44 ans. Selon nos informations, une autopsie devrait être rapidement pratiquée pour déterminer les circonstances exactes de sa mort. L’organisme de secours, qui a mis vingt minutes à intervenir, sera également mis en cause par une enquête interne. La victime n’avait apparemment aucun antécédent médical qui aurait pu prédire une mort aussi brutale.

Comme souvent, l’auditoire qu’elle présidait était très occupé; les comparutions immédiates, où les délinquants habituels ou ceux pris en flagrant délit sont jugés en chaîne, se terminent souvent très tard, parfois jusque tard dans la nuit. Lors de son discours d’installation il y a quelques semaines, Benjamin Deparis, président du tribunal judiciaire de Nanterre – et également président de la Conférence nationale des présidents de juridictions judiciaires – avait évoqué la lourde charge de travail pesant sur les magistrats de sa juridiction, en sous-effectif chronique.

Boycotter

Le décès de Mme Truchet a suscité une vive émotion chez ses confrères magistrats et greffiers. Dans un courriel adressé à la communauté judiciaire, Paul Huber, directeur des services judiciaires (DSJ) à la chancellerie, s’est dit “profondément affecté” et a adressé ses condoléances aux proches et collègues du défunt. “Je suis allé hier soir [mardi 18 octobre] aux magistrats et fonctionnaires du tribunal judiciaire de Nanterre afin de leur adresser mes condoléances et leur témoigner ma solidarité, ainsi que celle de mes équipes. Une unité de soutien psychologique a été mise en place au sein du tribunal pour soutenir les fonctionnaires de justice. “Elle sera mobilisée autant que nécessaire pour soutenir la communauté judiciaire dans cette épreuve”, précise la DSJ. Le garde des sceaux a à son tour adressé mercredi un message au personnel du tribunal : « Soyez assurés de mon plus grand soutien dans cette épreuve qui nous bouleverse tous. Mes pensées vont à sa famille mais aussi à vous tous, ses collègues, qui avez travaillé avec elle”, leur a-t-il écrit. Éric Dupond-Moretti a également eu le président Deparis au téléphone.

Dans un communiqué commun publié ce mercredi sous le titre “Oui, le travail tue”, le Syndicat de la magistrature et la CGT-Justice déplorent le refus que le ministère s’était opposé à leur demande d’expertise sur les conditions de travail au sein des juridictions, lors de un CHSCTM (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) le 25 janvier. « Face à une telle situation de mépris, toutes les organisations syndicales ont décidé de boycotter le CHSCT ministériel prévu le 18 octobre […]. Oui, le travail tue, surtout lorsque l’organisation de la gestion du travail empêche de réaliser un travail épanouissant. Cette dure réalité nous a été cruellement rappelée hier soir avec la mort d’un magistrat en pleine audience », écrivent les deux organisations. Ils annoncent avoir demandé une enquête approfondie. “Nous osons espérer que le ministère aura la décence de déclarer cette mort brutale un accident du travail”, concluent-ils dans leur communiqué.

LIRE AUSSIDes psys pour soulager les juges ? ” N’importe quoi ! »

Plus prudente sur les circonstances de ce décès, Béatrice Brugère, secrétaire générale de la Cellule Magistrats-FO, regrette néanmoins qu’« aucun dispositif de premiers secours ne soit prévu dans les cours et tribunaux du pays, où circulent de nombreuses personnes. A Nanterre, aucun défibrillateur n’est en place alors qu’un large public fréquente ces locaux », confie-t-elle.

Le 23 août 2021, un jeune magistrat de 29 ans, juge placé dans diverses juridictions du Nord, s’est suicidé, soulevant une vague d’émotion dans toute la magistrature. Ses conditions de travail sont rapidement remises en cause par les syndicats. Le 23 novembre, un « appel » signé par 3 000 magistrats et une centaine de greffiers est publié dans Le monde. “On ne veut plus d’une justice qui n’écoute pas et qui chronomètre tout”, ont écrit les signataires dans leur tribune, alertant sur “la souffrance au travail” au sein de la justice. “Le décalage important entre notre volonté de rendre une justice de qualité et la réalité de notre quotidien fait perdre tout sens à notre métier et crée de grandes souffrances”, s’indignent-ils encore. Un appel à la grève a suivi.

LIRE AUSSI975 magistrats ont bravé l’interdiction de grève imposée par leur statut

Tags: une autopsie sera pratiquée