la mémoire de la Shoah dans le Lot – .

la mémoire de la Shoah dans le Lot – .
la mémoire de la Shoah dans le Lot – .

l’essentiel
A 70 ans, l’artiste Miklos Bokor, rescapé de la Shoah, peint une fresque monumentale dans la chapelle de Maraden près de Martel, achevée en 2000. Son ami, Saralev Hollander, lui dédie un livre.

En 1997, Miklos Bokor, peintre d’origine hongroise, achète la chapelle de Maraden (ou Malodène) près de Martel avec l’aide du Musée Jenisch à Vevey. Lui qui séjournait régulièrement à Floirac dans le Lot, a eu une révélation un an plus tôt en découvrant l’église quasiment à l’abandon. En 2000, il raconte au journal Le Monde : « J’ai réussi à entrer, malgré les branchages et les ronces. Et là, sur les murs, j’ai vu ce que j’avais à y peindre… Depuis, en fait, je ne suis qu’un peintre en bâtiment exécutant la vision que j’ai eue ce jour-là. Miklos Bokor a été déporté avec sa famille à Auschwitz en 1944, son travail témoigne de ses traumatismes de l’horreur de l’Holocauste. Décédé en 2019, il laisse la chapelle de Maraden, une propriété privée, ouverte uniquement lors des Journées du Patrimoine en tant que patrimoine de mémoire pour les Lotois. Saralev H. Hollander, écrivain, chercheur et traducteur, vient d’écrire un ouvrage majeur pour comprendre cette fresque bouleversante. Elle était à Cahors, Martel et Toulouse du jeudi au samedi.

Saralev H. Hollander vient de publier un livre pour comprendre la fresque de Maraden.
MDD – Sarah Nabli

Comment avez-vous connu Miklos Bokor ?

J’ai suivi des cours au Collège de France sur Giacometti et lui aussi. Il m’a parlé de ses peintures, j’ai demandé si je pouvais les voir, ce qu’il a accepté. J’ai beaucoup aimé son travail et nous sommes restés en contact. Un jour, il m’a appelé pour me dire qu’il avait terminé la fresque. Il m’a demandé si je voulais venir la voir et j’ai tout de suite dit oui. Il m’a dit “demain, tu viendras seul et je te laisserai les clés”. Je l’ai compris comme un appel à écrire sur son travail. Je me suis installé dans la chapelle un été et j’ai essayé de le comprendre.

Quelles ont été vos premières impressions en entrant dans l’église ?

Nous sommes dépassés par quelque chose que nous ne sommes pas en état de saisir en ce moment. Et puis, on sent le travail incroyable de l’artiste, j’ai trouvé admirable qu’à 70 ans, Miklos Bokor ait encore la force d’entreprendre une fresque. Il a fallu près de 5 ans, d’abord les murs ont dû être préparés puis les échafaudages érigés. Il posa ses pinceaux à peindre au bout d’un bambou. C’est la possibilité d’aller au-delà de ce qu’il pourrait accomplir à travers son travail. Au début de sa vie d’artiste, il peint des paysages et petit à petit, les souvenirs lui reviennent. Ici, on sent qu’il veut faire quelque chose pour l’Homme, une œuvre qui restera dans l’histoire.

Le peintre Miklos Bokor réfléchit sur le traumatisme de l’Holocauste
DDM – Evelyne Gouygoux

Que représente la fresque ?

C’est l’acmé, le point de dépassement de soi, le reflet d’un peintre qui appartient à une époque post-Shoah. C’est l’œuvre d’un homme qui a vécu l’extermination et qui doit vivre avec. Le confinement dont il doit pouvoir parler. Vous pouvez sentir les souvenirs refluer. Il y a des centaines de figures, de personnages. On a cette couleur ocre que l’on retrouve dans le Lot, ça donne quelque chose de très doux avec des thèmes qui n’en sont pas. Tout est pris dans un mouvement. Il s’interroge sur ce qui pousse l’Homme à faire du mal à l’Homme, il témoigne de l’horreur. C’est une réflexion sur l’Homme.

Pourquoi avoir attendu 22 ans pour sortir un livre sur la fresque de Maraden, alors que l’artiste est décédé en 2019 ?

Il faut du temps pour assimiler et comprendre tout ce travail. Je l’ai laissé s’installer en moi. Ce sont des choses qui mûrissent pendant 20 ans. Pour moi, le fil devait devenir cohérent. En 2017, mon éditeur m’a dit “si tu fais quelque chose sur Miklos Bokor, je te publierai”. Nous avons travaillé l’écriture, la mise en forme, puis trouvé le financement.

Dans le livre, j’essaie de décoder la fresque, il y a plusieurs entrées à ce fil. On voit des chiffres, mais à quoi font-ils référence ? Chacun a une signification dans l’histoire biblique. Il y a Abel et Caïn, Moïse, Jacob et Esaü. Si vous n’avez pas ces éléments culturels, vous ne pouvez pas comprendre, cela devient lisible avec le livre. Il y a aussi l’autoportrait de l’artiste.

Pourquoi avez-vous voulu rencontrer des lecteurs dans les librairies du Lot ?

Je veux que son travail et son regard puissent trouver de plus en plus d’espaces. Il est important que les Lotois connaissent cet artiste et ce lieu de mémoire universelle. Mon livre était très important pour moi, j’ai fait l’oeuvre d’une vie, je voulais aller jusqu’au bout.

Tags: mémoire Shoah dans Lot

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