SOS Montfort dans notre mémoire – .

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Tous les samedis, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste du patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

OTTAWA – Jusqu’au 9 décembre, le Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF) de l’Université d’Ottawa (qui s’appelait jusqu’à récemment Centre de recherche sur la civilisation canadienne-française) présente une exposition temporaire intitulée SOS Monfort!

Ouverte gratuitement au grand public dans l’aire d’exposition Françoise-et-Yvan-Lepage du Centre, elle revient sur les grands moments de la légendaire lutte franco-ontarienne pour sauver le seul hôpital universitaire de langue française en Ontario. en présentant des notes manuscrites, diverses coupures de presse et des artefacts récemment acquis des archives de l’hôpital.

Si les coûts saillants de la lutte d’équipe livrée par la communauté franco-ontarienne dirigée par Gisèle Lalonde sont bien connus, cette exposition permet de découvrir l’abondante documentation produite pour sauver l’hôpital francophone (ouvert en 1953) d’une fermeture annoncée. ainsi que les retombées médiatiques de ce combat historique, loin d’être gagné d’avance. Un vrai combat de David contre Goliath qui s’est étalé de 1997 à 2002.

On doit la recherche, l’écriture des textes et la conception de l’exposition au commissaire Ghislain Thibault, archiviste des systèmes au CRCCF.

Le mouvement SOS Montfort rallie rapidement la communauté franco-ontarienne à sa cause et trouve des échos partout au pays. Après cinq ans de rassemblements, de négociations, de lobbying et de batailles juridiques, SOS Montfort a finalement gagné deux fois plutôt qu’une devant les tribunaux contre le gouvernement de l’Ontario.

L’exposition propose de découvrir des photographies d’époque, des produits dérivés réalisés en appui à la cause ainsi qu’un surprenant hommage rendu en 2008 par des élèves du Collège catholique Franco-Ouest à Gisèle Lalonde, figure de proue du mouvement.

Le vernissage de l’exposition a eu lieu la veille du colloque annuel du CRCCF, avec pour thème cette année « Le ‘moment montfortain’ dans la francophonie canadienne, 25 ans après ». Les actes de la conférence seront publiés l’année prochaine, l’année du 70e anniversaire de la fondation de l’hôpital.

Montfort et nous

Outre le sentiment d’injustice flagrant qui a secoué la communauté franco-ontarienne devant l’épée de Damoclès se plaignant d’une de ses précieuses réalisations, si SOS Montfort a trouvé un écho aussi populaire dans la communauté, cela s’explique peut-être aussi par les liens identitaires profonds qui unir l’hôpital et les Franco-Ontariens.

En effet, dans une interview donnée en 2016 à Denis Gratton du quotidien La droiteconsultant en patrimoine, auteur et chercheur Jean Yves Pelletier (qui a travaillé pendant trois ans aux archives historiques de Montfort) a expliqué que l’hôpital a toujours été un véritable lieu de socialisation communautaire, bien plus qu’un simple bâtiment de brique et de mortier : « J’ai compris très bien bien ce que nous voulions dire quand nous parlions de la famille Montfort.

Entre 1950 et les années 1990, il y avait presque toujours le même nombre d’employés. Et ces gens sont restés là pendant des décennies. Et c’était souvent des gens de la même famille. Oncles, fils, tantes, neveux et le reste. Tout le monde se connaissait. Et les soeurs [Filles de la Sagesse, fondatrices de l’hôpital] connaissait les enfants d’Eastview (Vanier) puisqu’ils enseignaient dans les écoles de cette ville. Ils donnaient donc des emplois d’été à l’hôpital à certains de ces étudiants. Et certains d’entre eux sont restés à Montfort toute leur vie.

Pour ces gens, Montfort était leur vie sociale. L’hôpital était toute leur vie. »

Affiches visibles dans l’exposition. Crédit image : Diego Elizondo

Par exemple, l’épouse de l’architecte et cofondateur de l’hôpital (le franco-ontarien Jean-Serge Le Fort) a fondé l’association des auxiliaires/bénévoles hospitaliers (ancêtre de l’actuelle Fondation de l’hôpital). C’est en misant sur l’importance sociologique de l’hôpital pour la minorité linguistique de langue officielle que le professeur Roger Bernard a préparé son affidavit à la demande et pour les avocats défendant Montfort devant les tribunaux, l’avocat Ronald Caza en tête.

Le sociologue Bernard a mis le meilleur fruit de toutes ses années de recherche sur la communauté franco-ontarienne dans son affidavit soumis sous serment à la Cour de l’Ontario (Division générale) le 7 juillet 1998 : « Montfort est une institution qui incarne et évoque la présence française en Ontario. Montfort est un porte-drapeau pour les Franco-Ontariens, un symbole de force et de vitalité franco-ontarienne », a-t-il déclaré lors de son témoignage.

« Le dynamisme et la force d’une communauté dépendent en grande partie de la vitalité de ses institutions, plus particulièrement de la complétude de son réseau qui doit, dans la mesure du possible, s’appliquer à tous les aspects de la vie de la communauté afin que les membres puissent entretenir des relations sociales qui favorisent le développement de leurs liens de solidarité et de leur sentiment d’appartenance. »

L’affidavit original de Bernard est exposé dans le cadre de l’exposition du CRCCF.

Montfort en mémoire

L’une des grandes forces des dirigeants de SOS Montfort a été d’avoir compris dès le départ le caractère historique de leur combat et de le lier rapidement à la trame narrative de l’histoire franco-ontarienne. Gisèle Lalonde et Michel Gratton (son neveu et bras droit) avaient un sens aigu de l’histoire.

Pour s’assurer que la lutte qu’ils ont menée puisse continuer à inspirer, une série de commémorations sous différentes formes ont été réalisées depuis près de 25 ans. Même si le combat se poursuivait, les premières commémorations du combat par SOS Montfort étaient… patrimoniales !

En effet, par toponymie, le 20 mars 1998, la rue menant à l’Hôpital Montfort a été renommée « Avenue du 22 mars » pour souligner le premier anniversaire du Grand Ralliement du 22 mars 1997.

À peine quelques jours plus tard, le 27 mars 1998, la Cité collégiale baptise sa cafétéria « Place du 22 mars ».

La rue menant à l’Hôpital Montfort rebaptisée « Avenue du 22 mars » pour souligner le premier anniversaire du Grand Ralliement du 22 mars 1997. Crédit image : Diego Elizondo

Le 12 novembre 2003, Michel Gratton lançait son livre intitulé Montfort : la lutte d’un peuple. Edité par le CFORP (institution franco-ontarienne fondée par sa tante, Gisèle Lalonde), Gratton livre un livre de 808 pages avec le vrai souci de laisser dans le détail un récit historique le plus précis possible à la postérité.

En mars 2004, la « Médaille du 22 mars » est créée. 22 exemplaires de cette médaille sont décernés aux personnes qui ont fait preuve de fierté, de persévérance et de ténacité, trois qualités essentielles au succès de l’Hôpital Montfort. Trois médailles du 22 mars ont été décernées à Gisèle Lalonde, Michelle de Courville Nicol et le sénateur Jean-Robert Gauthier (à titre posthume) en 2012. Mauril Bélanger la recevra en 2016 et la congrégation religieuse catholique des Filles de la Sagesse en 2017.

Le 31 mars 2007, plus d’une centaine d’employés, de médecins et de francophones se sont réunis pour célébrer le dixième anniversaire du grand rassemblement à l’École secondaire publique Gisèle-Lalonde. Le 9 juin 2009, une magnifique murale géante commémorant le mouvement SOS Montfort a été dévoilée sur la promenade Vanier près de l’avenue McArthur à Ottawa.

Mettant en vedette les principaux dirigeants de SOS Montfort (Gisèle Lalonde, Michel Gratton, Ronald Caza, Micheline de Courville Nicol et Gérald Savoie), cette murale de l’artiste Marie-Hélène Lajoie a malheureusement eu une vie trop courte lorsqu’elle a été retirée pour restauration en 2017 avant d’être définitivement mis au rebut en 2019.

Pour le quinzième anniversaire, en 2012, une soirée reconnaissance est organisée au Centre des Arts Shenkman d’Orléans par la Fondation de l’Hôpital. Cette même année, le maire d’Ottawa, Jim Watson, proclame le 22 mars Journée de la solidarité franco-ontarienne.

Enfin, le 22 mars 2017, l’Hôpital Montfort a organisé une grande fête pour souligner le 20e anniversaire du grand rassemblement en présence de plusieurs artistes, sur le même lieu que celui du 22 mars 1997, au parc Lansdowne à Ottawa, où se sont réunis 10 000 personnes.

Quant à l’exposition du CRCCF, elle survient au moment où coïncident deux anniversaires liés à SOS Montfort. D’abord avec le 25e anniversaire du grand rallye historique.

Puis, avec le 20e anniversaire de la victoire totale de l’affaire Montfort devant les tribunaux. Elle est aussi présentée par une triste ironie du sort l’année du décès de Gisèle Lalonde, présidente du mouvement, sans qui la victoire n’aurait sans doute pas été possible.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas la position d’ONFR+ et de Groupe Média TFO.

Tags: SOS Montfort dans notre mémoire

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