Le Covid-19 relance le débat autour de la manipulation des virus – .

Le Covid-19 relance le débat autour de la manipulation des virus – .
Le Covid-19 relance le débat autour de la manipulation des virus – .
Shi Zhengli au laboratoire P4 de l’Institut de virologie de Wuhan (WIV), en 2017. Surnommée “Bat Woman”, la virologue chinoise a mené de nombreux travaux manipulant des coronavirus prélevés sur des chauves-souris. S ZHOU/FEATURECHINA/ROPI-REA

Boston pourrait-elle devenir le prochain Wuhan, les arcades touristiques du Quincy Market jouant le rôle de détonateur qui fut celui du marché de Huanan dans la pandémie de Covid-19 ? La question, mi-sérieuse, mi-provocatrice, a été posée sur Twitter le 18 octobre par Alina Chan, biologiste moléculaire au réputé Broad Institute du MIT, dans la foulée de la pré-publication d’une expérience sur le serveur BioRxiv.

Des chercheurs de l’université de Boston rapportent la fabrication d’un SARS-CoV-2 chimérique, associant le variant hypercontagieux mais peu virulent d’Omicron à un variant beaucoup plus mortel (mais moins contagieux), datant du début de la pandémie. Résultats ? Un agent pathogène pire que chacun de ses deux parents : mortel, car il est capable d’infecter le poumon profond, et contagieux, car il est capable d’échapper plus efficacement au système immunitaire.

Cette expérience a contribué, avec une série d’autres publications récentes, à enflammer la communauté des virologues, aujourd’hui de plus en plus déchirée sur la question des risques biologiques : qu’est-ce qu’une expérience dangereuse ? Qui doit en décider et selon quel processus ? Jamais ces questions n’ont semblé aussi pressantes, ni n’ont autant divisé la virologie. Il faut dire que la pire pandémie du XXIe siècle, celle du Covid-19, est passée par là et a profondément renouvelé cette polémique, lui donnant une ampleur, une acuité et une urgence sans précédent. Ses conséquences pourraient modifier les pratiques de la virologie au niveau international, et même, au-delà, de toutes les sciences du vivant.

Jeu dangereux de « gain de fonction »

Certes, apparemment, le débat n’est pas vraiment nouveau – d’autant que l’histoire de la virologie est émaillée d’accidents et de fuites de laboratoires, même parmi les plus sécurisés –, mais il a maintenant changé d’échelle. Les expériences de recombinaison, de mutation et de « réécriture » de virus (sans parler des infections de cultures de cellules humaines ou de souris « humanisées ») se sont banalisées en quelques années seulement ; et parmi eux, ceux qui augmentent la dangerosité des agents pathogènes sont nombreux. Les spécialistes qualifient pudiquement ces expériences de « gain de fonction » pour indiquer que le pathogène modifié acquiert ou développe une propriété problématique : contagiosité, virulence, évasion immunitaire ou médicamenteuse. Lorsque ces virus aggravés ont un potentiel pandémique, ils sont souvent désignés par le terme moins euphémique de « Frankenvirus ».

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