“Les Repentants”, le poids de la conscience et le prix du pardon – .

“Les Repentants”, le poids de la conscience et le prix du pardon – .
“Les Repentants”, le poids de la conscience et le prix du pardon – .

Les Repentants ***

par Iciar Bollain

Film espagnol, 1 h 55

Le chemin de la paix demande toujours un vrai courage. Cela demande de l’énergie et de la volonté, surtout quand les cicatrices ne sont pas cicatrisées et les feux mal éteints. Depuis un demi-siècle, l’Espagne vit un épisode terroriste implacable, proche de la guerre civile, avec les nombreux attentats commis par l’ETA, l’organisation nationaliste et séparatiste basque. Avec un bilan ahurissant : 857 morts et des milliers de blessés. Autant dire que les plaies restent vives et la douleur toujours présente.

Juan Maria Jauregui, élu socialiste, est assassiné en 2000. Onze ans plus tard, l’un des auteurs du crime, emprisonné, demande à rencontrer sa veuve. Dilemme moral des deux côtés. Ibon Etxezarreta passe pour un traître, reniant ses engagements passés. Il se considère désormais comme un assassin et plus comme un militant. Et Maixabel, impliquée dans le mouvement des victimes du terrorisme, elle-même menacée par l’ETA, constamment suivie par deux gardes du corps, suscite autour d’elle la désapprobation, l’incompréhension de ses proches, la révolte au sein de sa famille.

Inspiré de faits réels

Que faire ? Aller ou pas? Vaincre le chagrin et la haine ? Lors de leur procès, les prévenus avaient montré leur entêtement avec rage, déniant à la justice espagnole la légitimité de les juger…

Inspiré de faits réels et de l’histoire vraie de Maixabel Jauregui, grande figure du dialogue improbable, parfois comparée en Espagne à Nelson Mandela, ce magnifique film s’attarde sur le conflit moral des deux côtés, avec une intensité saisissante, notamment dans les scènes de tension dialogue au moment de la rencontre, avec beaucoup de précautions, et en présence d’un médiateur qui limite le cours.

Iciar Bollain réussit le miracle de rendre cette confrontation sur le fil, émouvante, poignante. D’un côté, des vies détruites (le film témoigne avec justesse de l’étendue des ravages d’un assassinat, au-delà de l’horreur de l’acte) ; de l’autre, une crise de conscience, un insupportable tiraillement entre le poids de la culpabilité, un fardeau que rien ne peut alléger, une condamnation à perpétuité que les coupables portent en eux et sous le regard de la société. Maixabel veut comprendre. Pourquoi ? Comment ? Elle découvre que les assassins de son mari ne savaient pas qui était l’homme qu’ils ont froidement exécuté. Ils ne faisaient que suivre les ordres. Et Ibon Etxezarreta, qui a parcouru un long chemin en prison, se livrant à une introspection tourmentée, assumant la responsabilité de ses actes, expose, avec une sincérité meurtrie, ses regrets, cherchant un improbable pardon. Maixabel lui dit : « Je préférerais être la veuve de Juan Maria Jauregui plutôt que ta mère. »

Un plaidoyer saisissant pour la paix et la réconciliation

Mais ce n’est plus le même homme qui s’avance vers elle. Il a changé. Il ne se réfugie derrière aucune excuse, reconnaît la gravité de son acte et tente d’établir un dialogue authentique avec cette femme, admirable de dignité, superbement interprétée par la grande actrice espagnole Blanca Portillo. Par sa présence, elle offre une seconde chance à cet homme perdu, perdu dans la violence, désormais prisonnier de sa conscience. Par son acceptation du dialogue, et ce qu’il lui en coûte au départ, cet effort surhumain pour se retrouver face à celui qui a détruit son existence, en tuant l’homme de sa vie, elle prépare l’après. Elle ouvre la voie à la réconciliation, ce pas de géant qui rend possible la reconstruction de la société et des individus. La scène finale est un plaidoyer saisissant pour la paix et la réconciliation.

Cette grandeur des deux côtés a des accents de Camus. Iciar Bollain explore et illustre, avec une puissance exceptionnelle, la complexité humaine. Elle filme subtilement un sujet délicat et signe une œuvre risquée. Ce grand film a secoué l’Espagne, acclamée par toute la société, y compris le Pays Basque, pour son honnêteté morale et sa sensibilité.

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Un processus sur le fil du rasoir

Ce film est l’histoire vraie de Maixabel Jauregui, l’une des onze personnes qui ont accepté de parler avec les terroristes de l’ETA, les “repentis”. La plupart d’entre eux ne se reconnaissent plus dans l’organisation mais refusent de rendre publique leur sécession. Depuis 2003, le code pénal espagnol impose trois exigences aux détenus basques souhaitant améliorer leurs conditions de détention : la rédaction d’une lettre de pardon, condamnant les « violences terroristes », s’engageant à indemniser leurs victimes. Sur les 579 terroristes, seuls une vingtaine de détenus ont accepté ces règles. En 2010-2011, la moitié d’entre eux ont engagé une démarche de dialogue avec les victimes. Le 20 octobre 2011, l’ETA annonce solennellement qu’elle renonce à l’action armée.

Tags: Les Repentants poids conscience prix pardon

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