A Nice, “on ne sent plus le froid, il fait plus chaud chaque année” – Libération – .

A Nice, “on ne sent plus le froid, il fait plus chaud chaque année” – Libération – .
A Nice, “on ne sent plus le froid, il fait plus chaud chaque année” – Libération – .

Dans les Alpes-Maritimes, de nombreux habitants se sont baignés dans la Méditerranée pour fêter la nouvelle année. Mais si la douceur des températures hivernales a facilité la mise à l’eau, les baigneurs s’inquiètent du changement climatique.

Souvent, l’idée part d’un pari du Nouvel An : commencer l’année par un plongeon dans la Méditerranée. Cet hiver, le défi est moins relevé. La douceur qui plane sur la France, et à Nice, rend l’exercice élémentaire. L’eau et l’air ont la même température : 16°C. “C’était mieux quand c’était difficile d’entrer dans l’eau” regrette Marie, 44 ans, comme si le défi perdait de sa saveur. Avant de se sécher sur les galets avec sa fille, elle a pataugé dans les ondulations. “Non, nous ne sommes pas contents de ce temps, ça craintexprime cette Niçoise qui travaille au service administratif d’une association. Mais il faut arrêter d’être uniquement dans l’ascèse. Nous devons compenser et conjurer pour lutter. Ce n’est pas en étant déprimé qu’on change les choses. Ézéchiel, 18 : “Il fait chaud et ce n’est pas dans l’ordre des choses.” La mère et la fille s’agacent des reportages montrant “des gens heureux qui mangent de la glace”. Ils évoquent des politiques qui “ne fais rien”. Les facteurs climatiques ont déjà un impact sur leur quotidien : l’agriculteur qui fournit leurs paniers de légumes a été contraint d’arrêter les livraisons en octobre. Une sécheresse exceptionnelle frappe les Alpes-Maritimes.

“Nous sommes conscients des variations”

La serviette immaculée que Karin noue autour de sa taille signale un touriste tout droit sorti de son hôtel. Cette Bruxelloise ne pouvait pas quitter Nice sans un bain iodé, l’éco-angoisse au coin de la tête. « Cette question est toujours dans ma conscience. Nous allons vivre des périodes dramatiques avec des inondations, des canicules, des souffrances humaines et animales. La vie est en danger. On le sent. Cette artiste belge de 63 ans compte sur son “adaptabilité” et sur “l’acceptation du changement”.

Un changement que Thierry mesure au quotidien. Président de l’Association des nageurs indépendants, il se baigne tous les jours de l’année depuis vingt-trois ans, ce qui fait de lui le baromètre vivant du climat niçois. “Plus le temps passe, plus il est facile d’entrer dans l’eau, il explique. Il fait plus chaud chaque année. On ne sent plus le froid. L’hiver n’a rien à voir avec les débuts. Ici, on se rend compte des variations. Les thermos d’eau chaude sont réservés au thé, plus à la douche. Les combinaisons sont une protection contre les méduses, plus contre le froid. « En été, nous souffrons, Thierry est alarmé. Certains vont à la plage à 5h du matin pour éviter la chaleur.

“Moi, ça m’inquiète”

Le fond de la bouteille reste pour Pierre, Roberto, Laurence et Cécile, qui trinquent sur le sable à la nouvelle année. Seul Roberto a pris une tête. Et lui seul se soucie des records de chaleur, “pour ses enfants et pour l’avenir”. Son ami Pierre a remarqué qu’il n’y a pas de neige dans les Alpes, d’où il est originaire. « Mais pourquoi s’inquiéter ? Nous ne pouvons rien faire. On a déjà eu des hivers sans neige, c’est la vie et c’est comme ça. Cécile pense que c’est “un circuit”. Laurence est désolée “des milices qui vous tombent dessus” à cause d’une nouvelle voiture ou de la climatisation. Robert “fait mal au voisin de voir” à cause de sa piscine. Tous les quatre ont peur « extrémistes écologistes ». Un souhait pour 2023 ? “plus de tolérance”, lancent-ils en chœur. Vers “ceux qui ont des jacuzzis qui ont été percés cet été par exemple”, dit Roberto.

Il y a deux mois, Véra a pris un pari. Elle avait prévu de se baigner et d’avoir froid. Enfin, elle ne frissonne même pas. “Certaines personnes trouvent ça amusant, je m’en inquiète. Il y a un vrai désordre, formule ce banquier de 39 ans. Avant, c’était abstrait. Maintenant, c’est une certitude.” Elle se tourne vers la mer : « Le réchauffement a un impact sur la faune. Nous perdons de l’argent. Que restera-t-il sous nos paumes dans vingt ans ? Pourra-t-on encore voir des poissons avec son masque et son tuba ?

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