« Il faut aider les filles à ne pas s’autocensurer dans leurs choix de carrière » – .

« Il faut aider les filles à ne pas s’autocensurer dans leurs choix de carrière » – .
« Il faut aider les filles à ne pas s’autocensurer dans leurs choix de carrière » – .

Depuis 1982, votre association promeut les métiers de l’ingénierie auprès des jeunes. Ceux que vous rencontrez aujourd’hui dans les collèges et lycées ont encore beaucoup de clichés à ce sujet ?

Énormément. Chez Femmes Ingénieures, nous sommes convaincues que l’égalité entre les femmes et les hommes crée de la valeur, c’est pourquoi nous voulons atteindre cette égalité dans la pratique, et pas seulement dans le texte ; promouvoir les métiers de l’ingénierie auprès des jeunes filles est un moyen d’y parvenir. Mais j’ai l’impression qu’il y a plus de jeunes filles aujourd’hui qu’il y a dix ans qui pensent que ces métiers ne sont pas faits pour les femmes. C’est évidemment un cliché, toutes les filles peuvent exercer tous les métiers de l’ingénierie dans tous les secteurs d’activité !

Beaucoup imaginent aussi que ces métiers ne permettent pas de concilier vie professionnelle et vie personnelle. Encore une fois, c’est faux. Le rythme de travail dans nos métiers est le même que celui de tous les managers, c’est exigeant mais pas incompatible avec une vie de famille. D’autant plus que les salaires sont plus élevés que dans de nombreux autres secteurs, il est plus facile pour les jeunes parents d’obtenir de l’aide à domicile. Si l’on ajoute à cela les excellentes conditions d’insertion professionnelle, et le fait qu’il y a plus de places dans les écoles d’ingénieurs que d’élèves en classes préparatoires aux grandes écoles, on ne peut que pousser les filles vers cette orientation, et ces métiers.

type="image/webp"> type="image/webp"> type="image/webp">>>>>>>>>>
Aline Aubertin, présidente de l’association Femmes Ingénieurs, dirige l’Isep, école d’ingénieurs spécialisée dans le numérique, depuis juin 2022. (GAEL DUPRET / LES ÉPICURIENS)

Cependant, certaines lycéennes ou lycéennes peuvent hésiter à entrer dans des écoles où les garçons représentent jusqu’à 70 ou 80 % des effectifs…

Je comprends cette hésitation, on ne peut nier la difficulté d’être une fille dans une classe de garçons, et c’est à la direction des écoles d’ingénieurs de bien les accompagner pour qu’elles trouvent leur place. Il faut avoir un discours clair à ce sujet : ainsi dans mon école, à la rentrée, j’ai rappelé que si les filles sont minoritaires dans l’effectif, elles ne sont pas sur la planète, et qu’elles ont donc toutes leur place dans nos établissements. De plus, toutes les enquêtes menées auprès des étudiants montrent qu’ils souhaitent plus de diversité dans les promotions, c’est un facteur d’articulation et de coopération au sein des promotions.

Les stratégies des Grandes Ecoles pour proposer des diplômes gagnants

Comment alors attirer les filles vers les écoles d’ingénieurs ?

Il faut commencer par faire attention aux discours qui leur sont faits. Récemment, une élève m’a dit qu’un de ses professeurs de classe préparatoire lui avait déconseillé l’Isep, car c’est une fille, et notre école compte beaucoup de garçons. Il n’est plus possible d’entendre ce discours en 2022, qui pousse les étudiants et futurs étudiants à s’autocensurer dans leur choix de métier. En expliquant le contenu de nos formations, en démystifiant les métiers de l’ingénierie, nous pouvons les rassurer, leur montrer qu’un diplôme d’ingénieur ouvre des parcours professionnels très variés dans de nombreux secteurs d’activité.

Il peut aussi être intéressant de développer de nouvelles voies d’accès à nos écoles : à l’Isep, nous avons une filière post-bac qui recrute des lycéens qui n’ont pas choisi le duo de spécialités mathématiques/physique-chimie, mais une spécialisation en mathématiques, et une autre spécialité, comme l’économie par exemple − nous avons constaté que les filles y représentent 30 % de l’effectif, soit plus que dans nos autres filières. A ce sujet, la réforme du baccalauréat ne nous a pas aidés. Le collectif Maths&Sciences, dont Femmes Ingénieures fait partie, a ainsi montré que l’absence des mathématiques dans le tronc commun du lycée depuis la réforme a entraîné une baisse de dix ans de l’accès des filles aux mathématiques, ce qui aura un impact sur leur accès aux carrières scientifiques et techniques. C’est dramatique.

Moins de 30% de filles dans les écoles d’ingénieurs

Selon les dernières statistiques du ministère de l’Éducation nationale (2020), seuls 28,3 % des diplômés en ingénierie étaient des filles, soit une augmentation de seulement 1 % en dix ans. Tout un paradoxe puisque, en 2019, avant la mise en place de la réforme du baccalauréat, les lycéennes représentaient 42 % des effectifs dans les filières scientifiques S, STI2D et STL.

Par ailleurs, la proportion de filles dans les écoles d’ingénieurs varie considérablement selon la spécialité de l’école. Ils sont particulièrement peu nombreux dans les écoles spécialisées dans le numérique, les transports ou la mécanique. Mais bien mieux représentés dans quelques écoles de la filière agronomie ou biologie : par exemple l’EBI (Ecole de Biologie Industrielle) de Cergy, dans le Val-d’Oise, où plus de 80 % des élèves sont des filles − à l’exception de confirme la règle.

Une fois dans le monde du travail, les jeunes femmes, y compris les plus qualifiées, se heurtent encore au plafond de verre qui les empêche de progresser dans la hiérarchie. Comment aider ceux qui souhaitent se faire une place aux plus hautes fonctions des entreprises ?

Chez Women Engineers, nous alimentons un bassin de femmes qui ont le potentiel de rejoindre des conseils d’administration. Si nécessaire, nous les formons à cet exercice afin de pouvoir répondre aux entreprises qui nous disent qu’elles aimeraient avoir plus de femmes dans leurs instances de gouvernance, mais qu’elles n’arrivent pas à les trouver. On peut donc confirmer que ces femmes qualifiées existent, il faut juste un peu de mal pour les identifier.

Tags: faut aider les filles pas sautocensurer dans leurs choix carrière

PREV carte, épidémie 2023, souche, durée, symptômes – .
NEXT En Egypte, chasse au dollar, dette et rationnement – ​​.