Une exposition dévoile l’histoire du quartier réservé de Bousbir à Casablanca – rts.ch – .

Une exposition dévoile l’histoire du quartier réservé de Bousbir à Casablanca – rts.ch – .
Une exposition dévoile l’histoire du quartier réservé de Bousbir à Casablanca – rts.ch – .

Actif de 1923 à 1955, Bousbir, à la périphérie de la ville marocaine de Casablanca, a été construit par les autorités coloniales françaises pour contrôler la prostitution. A Genève, une exposition revient sur le destin de ce Disneyland oriental et sexuel, à la frontière entre ville et camp de travaux forcés.

Ancien quartier réservé de Casablanca, Bousbir a été construit sur les ordres de l’administration du Protectorat français, qui voulait par cette opération urbaine inédite « assainir » Casablanca et réguler la prostitution, principalement au profit des troupes coloniales.

« Ce quartier de prostitution coloniale est fait de briques, de pierres et de céramiques, mais a aussi été construit avec des fantasmes érotiques et exotiques propres à l’imaginaire colonial, ceux de l’orientalisme, rappelle RTS Jean-François Staszak, professeur au département de géographie de l’université de Genève et pivot de l’exposition de Genève. Cet imaginaire a eu des conséquences très concrètes pour les 12 000 femmes qui y ont travaillé entre 1923 et 1955 ».

Vitrine de l’empire colonial français

L’exposition montre, grâce à une maquette, une représentation du quartier tel qu’il a été construit en 1923. C’est un quadrilatère de 160 mètres sur 150, avec un mur aveugle très haut qui ne s’ouvre que sur une seule porte, gardée, par laquelle on entre et sort de Bousbir.

Casablanca était alors la vitrine de l’empire colonial français et la prostitution de rue y faisait des ravages. En concentrant les activités des travailleuses du sexe en périphérie, de manière occulte, dans un quartier construit à cet effet, il est plus facile de les encadrer grâce à des réglementations urbaines du travail très contraignantes alors perçues comme un « mal nécessaire ».

Une vue de l’exposition « Quartier réservé » au Palais des Expositions de l’UNIGE. [Université de Genève]

Le quartier est donc éloigné de la ville, avec une seule porte et de hauts murs, mais l’intérieur est un conte de fées. Car l’architecte Edmond Brion, qui a présidé à la construction de Bousbir, est l’un des inventeurs de l’architecture néo-mauresque. « Cela consistait à utiliser des éléments décoratifs et architecturaux pour faire des bâtiments, des petits quartiers qui ont cette touche un peu mauresque. Il a construit un quartier qui est un véritable décor des mille et une nuits. Il y a des fontaines avec des zelliges, des dômes, des arcs, des galeries. C’est très spectaculaire, à tel point que le visiteur naïf qui le visite, aujourd’hui comme par le passé, pourrait croire qu’il se trouve dans un quartier très ancien de la ville », poursuit Jean-François Staszak.

Le lieu a été conçu pour satisfaire les clients potentiels en leur offrant un décor en phase avec leur imaginaire, nourri de films et de tableaux orientalistes.

Jean-François Staszak, co-commissaire de l’exposition « Quartier réservé. Prostitution coloniale Casablanca 1923-1955 »

La cruelle réalité des travailleuses du sexe

Unique au monde par sa taille et le soin architectural qui a été apporté à sa réalisation, Bousbir tranche avec la cruelle réalité de milliers de travailleuses du sexe, cloîtrées et exploitées.

« Enfermés dans le quartier où ils étaient parfois emmenés de force, sous l’autorité conjointe de gendarmes et de médecins français, endettés envers leur logeuse, leur marge de liberté était très limitée. Plusieurs sources rapportent les contraintes subies par les ouvriers de Bousbir et la misère de leur condition », rappelle le guide de l’exposition.

>> A écouter aussi : l’émission “Monumental” consacrée au quartier réservé de Bousbir

La zone réglementée de Bousbir, Casablanca / Monumental / 56 min. / 3 avril 2022

Une attraction touristique

Rapidement, Bousbir devient une véritable attraction touristique. L’endroit figure dans les guides de voyage et est un joyau de l’administration coloniale. Aujourd’hui, le quartier se visite encore, mais les gens qui y habitent n’ont plus aucun lien avec l’histoire de la prostitution.

« En 1955, un an avant l’indépendance du Maroc, les autorités françaises ont décidé de chasser toutes les travailleuses du sexe qui vivaient à Bousbir et de fermer le quartier en zone réservée. C’était devenu une honte internationale que l’État colonial ou un État proxénète. Une fois nettoyés et vidés, les Français logeront à Bousbir les troupes coloniales marocaines de retour de la guerre d’Indochine. Ce sont aujourd’hui leurs descendants qui habitent le quartier », explique Jean-François Staszak.

L’exposition genevoise offre de multiples points de vue sur Bousbir. Au-delà de la description du quartier, proposée notamment à l’aide de la maquette, elle expose le point de vue de ses différents usagers (travailleuses du sexe, clients, touristes, médecins, reporters, artistes) et interroge ce que l’on peut dire ou montrer aujourd’hui à partir de ce place. Car la prostitution, hier ou aujourd’hui, reste un sujet tabou au Maroc. L’exposition, qui devait être présentée à Casablanca, a également été brutalement annulée la veille de son inauguration.

Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert

Adaptation Web : Melissa Härtel

L’exposition « Quartier réservé. Prostitution coloniale Casablanca 1923-1955 » est proposé par le département de géographie de l’Université de Genève en collaboration avec la Haute école de travail social de Genève (HETS-HES/SO) et le Centre Maurice Chalumeau en sciences de la sexualité de l’UNIGE. Elle se tient dans la salle des expositions de l’Université de Genève, 66 boulevard Carl-Vogt, jusqu’au 20 janvier 2023.

A lire également, le livre « Quartier réservé : Bousbir, Casablanca », publié sous la direction de Jean-François Staszak et Raphaël Pieroni, éditions Georg.

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