« Nous devons tester les voyageurs en provenance de Chine » – .

Pour le professeur Claude Muller, il n’y a pas lieu de craindre une variante émergente plus dangereuse. Cependant, il plaide pour des mesures à l’égard des voyageurs en provenance de l’Empire du Milieu.

L’avis d’un virologue

Pour le professeur Claude Muller, il n’y a pas lieu de craindre une variante émergente plus dangereuse. Cependant, il plaide pour des mesures à l’égard des voyageurs en provenance de l’Empire du Milieu.

C’est en quelque sorte une impression de déjà-vu qui inquiète l’Europe. Le nombre de nouvelles contaminations a explosé en Chine depuis la toute récente levée des restrictions sanitaires. Après avoir appliqué une politique ultra-stricte « zéro covid » pendant trois ans, le pays autorise à nouveau ses habitants à voyager à l’étranger à un moment où les incidences sont particulièrement préoccupantes. Une situation qui fait craindre le pire et qui a conduit une dizaine de pays à imposer de nouvelles règles aux voyageurs en provenance de l’Empire du Milieu. Ceux-ci exigent désormais que les voyageurs soient testés négatifs avant leur vol.



Le trafic aérien européen a retrouvé l’an dernier 83% de son niveau de 2019, selon l’organisme de surveillance Eurocontrol. Le Luxembourg se situe au-dessus de ce chiffre.


Au Luxembourg, le gouvernement a récemment indiqué qu’il n’envisageait pas, du moins pour le moment, d’imposer des tests covid ou d’autres restrictions aux personnes arrivant de Chine. Même son de cloche du côté du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), qui explique que les pays de l’UE “ont des niveaux d’immunisation et de vaccination relativement élevés” et que les “variantes circulant en Chine circulent déjà dans l’UE”. Ce n’est pourtant pas l’avis du professeur et docteur Claude Muller, virologue et immunologiste au Luxembourg Institute of Health. Il s’explique.

Les États membres de l’Union européenne doivent discuter mercredi d’une réponse commune à adopter à l’égard des voyageurs en provenance de Chine, où l’épidémie de Covid-19 semble hors de contrôle. Ressentez-vous également la même chose ?

Pour moi, il est clair que les voyageurs en provenance de Chine doivent être pris en charge de la même manière que nous l’aurions été avec d’autres voyageurs lorsque nous étions au plus fort de la pandémie. Je parle donc de l’obligation de se faire tester négatif avant le voyage. Quand on regarde l’incidence (le nombre de cas pour 100 000 habitants, NDLR) qui règne actuellement en Chine, une telle décision est tout à fait justifiée. D’autant que ce taux d’incidence va encore augmenter dans les prochains jours. Dans un premier temps, ces tests nous donneraient la possibilité de séquencer les souches qui seront importées.

Jusqu’à présent, le Luxembourg a pourtant affirmé qu’une telle mesure n’était pas à l’ordre du jour, du moins pour le moment…

Oui, il n’y a pas de ligne directe entre le Luxembourg et la Chine, sauf pour le transport de marchandises. Opérationnellement parlant, je ne sais pas s’il serait possible d’identifier les voyageurs au Luxembourg par origine et ayant transité par les plus grands aéroports internationaux comme Francfort ou Paris.

Zéro covid ? Une telle stratégie n’avait aucun sens et était totalement obsolète dès le départ.

Pensez-vous que la Chine a bien fait d’abandonner sa stratégie « zéro covid » ?

Le problème avec cette stratégie n’avait fondamentalement aucun sens. C’était complètement incompréhensible et obsolète dès le départ.

Comment ce qui se passe en Chine pourrait-il être dangereux pour nous ? Sous-estimons-nous cette menace potentielle ?

Je ne sais pas si on le sous-estime, mais il est clair qu’il faut observer la situation. Afin d’éviter que le virus ne se propage à nouveau de manière accélérée en Europe et donc au Luxembourg. Là encore, il faudrait séquencer, au moins dans un premier temps, les souches prélevées sur les voyageurs arrivant de Chine pour avoir un aperçu des souches importées.

Contrairement à la Chine, nous avons réussi à mettre en place, à travers une stratégie de protection durable, une certaine immunité collective.

Cependant, est-ce comparable à ce que la population a vécu en 2020 et 2021 ?

Pas du tout. La situation aujourd’hui est totalement différente car une grande partie de la population est protégée soit par la vaccination, soit par l’infection. Contrairement à la Chine, nous avons réussi à instaurer par une stratégie de protection durable – la vaccination – une certaine immunité collective.

Doit-on avoir peur de voir émerger de nouvelles variantes, plus dangereuses cette fois-ci ?

Honnêtement, je n’y crois pas. C’est un “danger” souvent évoqué par des personnes qui n’ont appris l’existence du coronavirus et des zoonoses qu’en 2020. Les virus, dont celui du covid-19, peuvent accumuler des mutations, d’accord. Cependant, comme je l’avais déjà dit il y a près d’un an, je pense que la variante Omicron possède toutes les caractéristiques les plus “optimales” (forte contagiosité, résistance relative au vaccin et moindre létalité, NDLR) pour l’effet de transmission et de propagation du virus. .

Je ne m’attends donc pas nécessairement à ce que la souche qui circule actuellement en Chine soit plus dangereuse. A mon avis, il ne faut pas trop s’inquiéter. Cependant, il faut être prudent quant à ce qui se passe si le virus est sous la pression de vaccins administrés en Chine, qui n’ont qu’une efficacité intermédiaire. C’est dans ce sens que je recommande le test et le séquençage.

Comment expliquer une telle explosion de cas en Chine alors que le pays a été l’un des premiers à lancer sa campagne de vaccination et que des règles strictes s’appliquaient jusque-là ?

Il faut rappeler qu’ils avaient refusé les vaccins étrangers, privilégiant leurs propres vaccins, pourtant bien moins efficaces (autour de 50%, loin derrière Pfizer ou même Moderna, ndlr). C’était peut-être une question de fierté politique.

Les autorités chinoises affirment désormais que 90% de la population est vaccinée. Mais quelle est la fiabilité de ces données ? Il faudrait plutôt regarder le taux de vaccination par tranche d’âge et voir si les personnes les plus vulnérables sont effectivement vaccinées. (Selon les derniers chiffres officiels publiés fin novembre, seuls 65,8% des personnes de plus de 80 ans ont reçu au moins deux doses, et 40% une troisième injection, ndlr).

Pensez-vous que la levée des restrictions sanitaires chinoises risque d’entraîner une nouvelle vague de cas au Luxembourg ?

Non, je ne pense pas que cela provoquera une nouvelle vague. En revanche, on peut limiter la propagation du virus importé en testant les personnes concernées. Ça avait fonctionné tout au long de la pandémie, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas le refaire.

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