“Avec la plateforme, une généralisation de la sélection s’est imposée”, estime Johan Faerber – .

“Avec la plateforme, une généralisation de la sélection s’est imposée”, estime Johan Faerber – .
“Avec la plateforme, une généralisation de la sélection s’est imposée”, estime Johan Faerber – .

Depuis ses débuts en 2018, Parcoursup fait l’objet de critiques. Alors que les inscriptions sur la plateforme d’orientation vers l’enseignement supérieur débutent le 18 janvier, Johan Faerber, professeur de lycée et d’université, en dresse un sombre portrait dans son essai. Vous parlez Parcoursup ?*, qui paraît ce vendredi. Il décrit le sous-investissement de l’État dans l’enseignement supérieur, le stress des lycéens, une « usine à consentement »… 20 minutes rencontré l’essayiste.

Johan Faerber – HermanceTRIAY

Votre travail est très critique envers Parcoursup. Mais ce système n’a-t-il pas remédié à l’injustice du tirage au sort qui existait sur l’APB (admission post-bac) pour départager les candidats souhaitant intégrer une filière en tension ?

Avec l’APB, des milliers de candidats ont été tirés au sort, ce qui était une véritable injustice. Si l’arrivée de Parcoursup était une bonne nouvelle pour y remédier, elle n’en a pas éliminé la cause. Je parle du manque de places dans l’enseignement supérieur. De plus, avec Parcoursup une généralisation de la sélection est devenue indispensable.

Vous montrez que Parcoursup a changé la scolarité des lycéens, concernés dès la seconde par leur orientation dans l’enseignement supérieur. Mais sont-ils tous conscients que leur choix de spécialités en 1ère peut fermer leurs portes sur Parcoursup par la suite ?

Non pas tous. Car il y a une forme d’inégalité face à la question de l’orientation : tous les étudiants n’ont pas le même niveau d’information sur les cours. Parcoursup a créé durant cette deuxième année un stress qui n’existait pas dans le système précédent. Et demander à un élève de 15 ou 16 ans de faire des choix de carrière si tôt, c’est ne pas tenir compte de l’évolution d’un adolescent, qui change d’intérêt au gré de ses découvertes.

Ceux qui ne choisissent pas la spécialité maths ont-ils vraiment moins de chances d’être suivis en formation sélective ?

Ça dépend lesquels, mais il est vrai que Parcoursup donne l’illusion du choix. L’étudiant estime avoir accès à un large éventail de formations, alors que la réalité est plus difficile : beaucoup de formations sont sélectives. Et les maths restent la voie royale pour y accéder. Avec le risque pour ceux qui n’ont pas pris la spécialité en 1ère d’être laissés pour compte et d’éprouver un sentiment de frustration.

Parcoursup contribue-t-il à augmenter la pression sur les notes dès la 1ère ?

La plateforme a changé la relation entre l’enseignant et l’élève. Car pour être sûr d’obtenir une place dans le secteur de son choix, ce dernier doit avoir le meilleur dossier possible. Et comme 40 % de la note du baccalauréat provient de contrôles continus, l’élève a l’impression d’être sous surveillance permanente.

Dès le début du 1er, c’est comme si chaque devoir était une épreuve finale. Il ne peut pas échouer. Ce système supprime la valorisation de la progression, qui est pourtant l’un des fondements de la pédagogie. De plus, ne pas comprendre un chapitre du cours, ça arrive. Cela ne devrait pas faire rattraper une telle tension. Le lycée est devenu une usine à stress.

Vous écrivez que Parcoursup est né de la volonté de limiter l’accès à l’enseignement supérieur. Mais le problème n’est-il pas plutôt un manque de places dans les filières en tension qu’un manque global de places dans l’enseignement supérieur ?

Il y a un problème général d’investissement car ces dernières années, le gouvernement n’a pas créé suffisamment de places d’étudiants, ni de postes d’enseignants-chercheurs pour accompagner la croissance démographique. Il n’y a pas de plan d’investissement à long terme corrélé au baby-boom des années 2000 par exemple.

Cependant, à d’autres moments, cela a été fait. En 1990, Lionel Jospin crée ainsi 8 universités et 24 instituts universitaires de technologie (IUT) pour prendre en compte la massification de l’enseignement supérieur. Parcoursup est en ce sens un outil de gestion de la pénurie.

Certains bacheliers sont-ils moins bien lotis que d’autres, notamment les bacheliers techno et pro ?

Ce sont les principales victimes de Parcoursup. Les diplômés pros et techno qui n’obtiennent pas de place en BTS ou en BUT sont démunis. Ils finissent souvent par accepter une place dans une formation qu’ils ne voulaient pas, ce qui augmente le risque d’échec.

Fin septembre, la quasi-totalité des candidats finissent généralement par avoir une place dans l’enseignement supérieur. Y en a-t-il beaucoup qui acceptent l’inscription par dépit ?

Beaucoup de diplômés atterrissent dans un secteur où ils ne sont pas à leur place. Ils s’inscrivent pour conserver leur bourse ou par peur de l’année blanche. Le nombre de candidats à la réorientation ne cesse d’augmenter, ce qui prouve que de nombreux étudiants n’étaient pas satisfaits de leur première inscription dans l’enseignement supérieur.

Vous dénoncez un manque de transparence concernant l’algorithme Parcoursup. Quelles informations donner aux candidats ?

Dans un rapport publié en 2020, la Cour des comptes soulignait l’opacité de certains critères de sélection pour accéder à l’enseignement supérieur. Notamment le rôle que peut jouer l’école d’origine. On ne sait pas comment les notes d’un élève sont pondérées en fonction de son école secondaire. La Cour des comptes a également exigé de « rendre publics les algorithmes locaux utilisés par les commissions d’examen. »

Parcoursup a contribué au développement des établissements privés. Lesquels en particulier ?

De nombreuses places ont été créées dans les universités privées. Car de nombreux diplômés, craignant de ne pas avoir de place dans une université publique, jouent la carte de la sécurité en misant sur un établissement privé.

Au final, quelles seraient les mesures urgentes à prendre pour améliorer Parcoursup ?

Le gouvernement doit créer des places, en priorité dans les secteurs les plus en tension. Il faut aussi augmenter le nombre de postes d’enseignants, de professeurs à l’université… Permettre des tutorats en petits groupes, afin de faire progresser chacun et limiter l’échec à l’université.

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