7 ans de prison pour la nourrice – .

7 ans de prison pour la nourrice – .
7 ans de prison pour la nourrice – .

« Je suis heureux d’aller sur la tombe de mon fils pour lui dire : nous savons ce qui s’est passé », déclare Johan, le père de Kiliann. Le tribunal correctionnel du Val-d’Oise a prononcé une peine de 7 ans de réclusion criminelle contre Marie S. ce vendredi 10 mars.

Cette assistante maternelle de 57 ans était jugée depuis lundi pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner à un mineur de 15 ans. Kiliann avait 11 mois lorsqu’il est décédé le 12 juin 2012 à Gonesse (Val-d’Oise), victime du syndrome du bébé secoué. Ses parents attendent depuis onze ans que la justice se prononce sur sa mort.

C’est aussi le nombre d’années de détention que le procureur de la République avait requis un peu plus tôt. Le tribunal a également prononcé une interdiction d’exercer une activité en contact avec des mineurs. Les juges ont reconnu que l’accusée avait témoigné d’un « manque d’interrogatoire » lors de ce procès et qu’elle avait commis des violences à l’égard de Kiliann à deux reprises, mais elle a également reconnu que le danger qu’il fallait relativiser qu’elle représente pour la société parce qu’elle n’avait commis aucune infraction depuis ce drame.

“J’avais dit à la mère de Kiliann qu’il n’allait pas bien”

Toute la matinée, l’accusée a été longuement interrogée sur les faits du 12 juin 2012. Le matin, elle ne s’attendait pas à voir le père venir lui confier l’enfant. “La veille, je lui avais demandé une solution pour le garder”, se souvient-elle. Elle ne s’est souvenue de ce détail qu’en 2020. “J’avais dit à la mère de Kiliann qu’il n’allait pas bien”, ajoute-t-elle. “Ça n’a jamais été présenté comme ça”, remarque le président du tribunal, Marc Trévidic.

L’employé passe à l’écran les scans du livret de liaison où la nounou a noté le déroulement de la journée de Kiliann. Pour le déjeuner, le document indique “tout mangé”. En fait, il avait régurgité une partie de son repas. « C’est vrai que c’était pré-rempli. J’aurais dû corriger. Elle a noté plus tard, “13h30/16h00 dort.” Elle a ensuite admis qu’il avait beaucoup pleuré. “Ça aussi vous ne l’avez pas mis”, souligne le président. Le carnet se termine par ces mots : « Il a le nez bouché. Dossard à 16h20 Il a tout bu + yaourt + cookie. Jeux jusqu’à 18h

« J’ai vu qu’il était doux. J’ai paniqué “

Elle admet que ce n’est pas ce qui s’est passé. Vers 17h20, Kiliann fait la sieste lorsqu’elle monte à l’étage pour le préparer avant l’arrivée de ses parents. “Je ne mets jamais un enfant au lit après le biberon théoriquement”, avoue-t-elle. Selon son récit, elle découvre alors que l’enfant a régurgité et semble sans vie. « Je l’ai pris d’en bas. J’ai vu qu’il était doux. J’ai paniqué. Ce n’était pas normal », dit-elle.

A plusieurs reprises, elle assure ne pas l’avoir secoué. Elle pleure. Face à la police, elle a fini par avouer qu’elle l’avait fait, mais sans violence, pour tenter de le réveiller. Elle fait un geste à la barre – de petites secousses douces – bien différent de celui reproduit par l’enquêteur au début du procès, plus franc, mais incompatible avec la violence constatée.

“La secousse est un geste violent qui implique un changement de comportement immédiat”, a rappelé l’avocate générale dans ses réquisitions. Elle retient l’imagerie, les données cliniques, les déclarations, l’autopsie, qu’il y a eu deux secousses : la première environ deux semaines avant le décès et la seconde entre 24 et 48 heures avant.

“Les parents nous disaient constamment qu’il y avait eu un changement de comportement le 31 mai”, se souvient-elle. Ces derniers n’avaient plus reconnu leur fils, le trouvant très insensible, jusqu’au 4 juin, date à laquelle il avait retrouvé la forme.

Plusieurs accusations de violence

Marie S. n’a reconnu aucune violence sur Kiliann, ni le jour de sa mort, ni le 31 mai. Des parents autres que ceux de la victime sont venus à la barre pour évoquer leurs soupçons de mauvais traitements lors de ce procès. “Votre capacité à vous contrôler est remise en question”, explique le président. “J’ai élevé la voix, mais je n’ai jamais levé la main”, dit-elle. Parmi les enfants dont elle devait s’occuper se trouvait Geoffroy, qui avait les jambes cassées. “Je ne sais pas comment il a pu faire ça”, balaye-t-elle.

Le petit Loris qui est revenu avec une bosse et le visage écorché ? « Cyprien l’a poussé. Malheureusement, il a pris une porte », raconte-t-elle. La petite Julia qu’elle aurait rendue à ses parents congelée ? La faute à un problème de fenêtre laissée ouverte et un radiateur capricieux selon la nounou.

Tiphaine est revenue avec une marque sur le visage, et qui implore de ne pas retourner chez sa nounou car elle l’avait frappée. « Elle est tombée sur un boulier. Je l’ai expliqué à la mère », rétorque Marie S. Younès avait des empreintes digitales sur la cuisse. « Je l’ai consolé. Je lui ai mis de l’arnica. Après, j’ai vu qu’il se grattait la cuisse. Je n’aurais pas dû lui en mettre », dit-elle.

“J’ai aimé tous les enfants dont j’ai pris soin”

Son avocate, Nathalie Senyk, souligne que des parents ont également témoigné en sa faveur. « J’aurais pu vous inonder de lettres », dit-elle. Elle demande au tribunal de croire son client. Elle s’indigne d’une lettre de trois pages de parents mécontents envoyée à la protection maternelle et infantile (PMI) en 2007. Elle mentionne des blessures à la tête, des côtes fêlées et des bassins cassés sans indiquer qui les aurait subis.

Le PMI n’a jamais cherché à savoir si ces accusations étaient fondées. La police n’a pas non plus pu le confirmer. « C’est une honte, cette lettre. C’est juste une date qui n’a pas fonctionné », a-t-elle déclaré. L’enquête n’a pas pu confirmer les rumeurs d’enfants enfermés dans les toilettes ou sous les escaliers. “Aucun enfant n’a jamais dormi dans les toilettes”, assure l’avocat.

Avant de partir en délibéré, le tribunal donne une dernière fois la parole à l’accusé. “Je voulais juste dire que j’ai aimé tous les enfants dont j’ai pris soin. J’ai aimé Kiliann », a-t-elle assuré.

L’article est en français

Balises : Shaken bébé Gonesse ans prison assistante maternelle

Tags: ans prison pour nourrice